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Remèdes naturels

Mélatonine : Danger et risque

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La prise de mélatonine pour traiter les troubles de l’endormissement est très courante aussi bien en France qu’ailleurs. Rien qu’en Hexagone, le nombre de compléments alimentaires vendus chaque année s’élève en moyenne à 1,4 million. Bien que ces suppléments apportent réellement des bienfaits au début du traitement, leur usage sur le long terme n’est pas dénué d’effets secondaires. D’ailleurs, le 11 avril 2018, l’Anses a déjà mis en garde contre les risques que présente ce produit, notamment suite aux nombreux cas qui lui ont été signalés.

Les réglementations concernant l’utilisation de mélatonine

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Mélatonine de la marque UNAE de Julien Venesson

L’usage de mélatonine en complément alimentaire, quelle soit de synthèse ou d’origine végétale, est régi par certaines réglementations sûrement inconnues du grand public. Cette substance est classée depuis 2011 dans la liste II des substances vénéneuses dédiées à la médecine humaine (1).

Les laboratoires pharmaceutiques Rad Neurim ont cependant bénéficié d’une autorisation spéciale pour mettre en vente leur produit Circadin® à base de ce principe actif, auprès de nombreux pays européens. Le supplément de 2 mg, formulé à libération prolongée, s’utilise en monothérapie chez les sujets de plus de 55 ans souffrant d’insomnie primaire. On le recommande aussi dans la prise en charge des troubles du comportement et des dérèglements du cycle veille-sommeil chez les enfants.

La dose de 1 mg de ce principe actif a été exemptée de la réglementation régissant les substances toxiques par un arrêté de 2015, qui sera plus tard en mars 2017 annulé. Et suite à la décision de la DGCCRF, seuls les suppléments de mélatonine de moins de 2 mg sont désormais autorisés.

Depuis, différentes marques comme UNAE (la marque de Julien Venesson), vendent de la mélatonine sans prévenir des possibles danger possibles à long termes. Pire, ce dernier parle meme de la mélatonine comme d’un bon traitement contre le coronavirus ! Tous les moyens pour vendre sont bons pour certains.

Mécanismes d’action de la mélatonine en complément

Jusqu’à l’heure actuelle, il n’existe aucune étude clinique qui a prouvé que la mélatonine en supplément ne risque pas de perturber la production de mélatonine endogène.

Il est important de savoir que la mélatonine est une neurohormone, dont le rôle consiste à réguler les rythmes chronobiologiques. Sa sécrétion se déclenche systématiquement lorsque nous ne sommes pas exposés à la lumière. Une fois libérée, cette substance exerce son action sur les récepteurs des noyaux suprachiasmatiques du système nerveux. L’activation de ces récepteurs entraîne par la suite l’inhibition des activités neuronales. Ce qui augmente alors la sensation de fatigue et la tendance au sommeil. La production de cette hormone est régulière et maintenue, tant que nous restons dans le noir.

La mélatonine en complément alimentaire, en revanche, une fois administrée, entraîne une hausse subite du taux de mélatonine endogène. Selon les différentes observations, la concentration plasmatique maximale est atteinte 3 heures suivant la prise. Et un pic de sécrétion peut être alors constaté. Un pic qui aura un effet sédatif sur l’organisme. L’usage de ce produit sur le long terme peut finir par perturber le rythme de sécrétion de mélatonine endogène, qui est contrôlé naturellement par notre horloge interne. Ce qui cause un véritable dérèglement du rythme circadien, veille-sommeil.

Effets secondaires de l’usage de la mélatonine

En plus de perturber le cycle veille-sommeil, ce supplément entraîne des effets secondaires non négligeables sur la santé.

Céphalées

La survenue de mal de tête est un des effets indésirables les plus souvent rapportés. Même au cours des essais cliniques, certains des sujets testés peuvent rencontrer ce genre de problème. Dans cette étude par exemple, l’utilisation de 10 mg/j de ce supplément pendant 28 jours a occasionné chez la moitié du groupe des céphalées. (2)

Somnolence et fatigue

La même étude clinique, précédemment citée, a aussi rapporté des cas de somnolence et de perception de fatigue intense. Près de 57 % des patients testés en sont concernés. (2)

Troubles gastro-intestinaux

Parmi les nombreux effets indésirables de la mélatonine en complément, les troubles gastro-intestinaux en sont aussi les plus fréquents. Ces effets sont constatés, même à des doses réduites de ce supplément. Dans cette expérience, entre autres, les dosages utilisés oscillaient entre 0,1 et 10 mg. Le déclenchement de ces maux gastriques et intestinaux serait lié à la présence de récepteurs de cette hormone au niveau du tractus gastro-intestinal. (3)

Troubles neurologiques

Chez certains patients, cette substance peut avoir des effets neurologiques nocifs. Divers symptômes peuvent se manifester, tels que tremblements, spasmes, cauchemars, agitation, hypersudation et hallucination. Une publication a même rapporté le cas d’un garçon qui a développé des crises d’épilepsie généralisée suite à un traitement de 4 mois, à base de 5 mg/j de ce supplément. (4)

Maladies inflammatoires

Il est aussi connu que la mélatonine revêt d’une propriété immunomodulatrice. Cette hormone est capable de réguler le système immunitaire en modulant entre autres la production des cytokines inflammatoires. Il a été aussi observé que chez les personnes souffrant de polyarthrite rhumatoïde ses taux de concentration sériques sont particulièrement élevés. Certaines publications scientifiques ont même suggéré que la prise de cette substance tend à favoriser le développement des troubles articulaires d’origine inflammatoire. (5)

Effets néfastes sur le métabolisme du glucose

Les scientifiques reconnaissent le rôle que joue cette neurohormone sur le métabolisme du glucose et l’insulinémie. Cette substance serait capable d’agir sur les cellules bêta du pancréas et celles du foie. Il a été aussi remarqué que chez les personnes diabétiques son taux de concentration plasmatique est faible. Se supplémenter en mélatonine pourrait troubler le métabolisme du glucose. Dans cette expérience par exemple, la prise de 5 mg par jour a entraîné une baisse significative de la tolérance au glucose chez 21 femmes bien portantes. (6)

Cancer

Différents essais cliniques in vivo et in vitro ont démontré un potentiel carcinogène de ce composé à forte dose. Chez les modèles animaux testés, cette dernière a favorisé l’augmentation des tumeurs thyroïdiennes.

Reprotoxicité

Utilisée sur le long terme, cette hormone de synthèse peut avoir des effets nocifs sur la reproduction et le développement des embryons. Des publications ont parlé de sa toxicité chez les femmes enceintes et allaitantes.

Interactions médicamenteuses

Outre ses effets néfastes sur la santé, la mélatonine peut aussi interagir avec d’autres substances médicamenteuses. La vigilance est donc requise en cas de traitement à base d’antihypertenseur. En raison de son effet vasodilatateur, ce produit risque d’augmenter significativement l’effet des hypotenseurs. Il agit aussi comme un inhibiteur de l’agrégation plaquettaire. Son usage pourrait donc décupler les effets des anticoagulants et antiagrégants plaquettaires. En revanche, à cause de son action pro-inflammatoire, il risquerait de contrecarrer l’action des anti-inflammatoires et corticoïdes.

Personnes vulnérables et à risque

Certaines personnes plus vulnérables sont plus sujettes à développer ces différents effets secondaires précédemment mentionnés. Tel est le cas des femmes enceintes et de celles qui allaitent. Or c’est un médicament fréquemment prescrit pour traiter les pathologies de la grossesse, comme retard de croissance utérin, menace d’accouchement prématuré, et pré-éclampsie. Selon cette publication de 2015, un niveau de concentration élevé en mélatonine dans le lait maternel peut altérer le cycle du sommeil et le développement naturel du rythme circadien de l’enfant. (7)

La prise de ce produit sur le long terme est aussi dangereuse chez les moins de 18 ans. Elle pourrait interférer avec le développement du fait de son effet sur les autres hormones. Les sujets épileptiques, asthmatiques, diabétiques, dépressifs ou encore sous contraceptifs doivent également s’en abstenir.

Références
(1) Arrêté du 23 septembre 2011, portant sur le classement dans la liste des substances vénéneuses.
(2) ML Seabra et al. « Randomized, double-blind clinical trial, controlled with placebo, of the toxicology of chronic melatonin treatment. » J Pineal Res. 2000.
(3) B Claustrat. « Mélatonine et troubles du rythme veille-sommeil. » Médecine du sommeil. 2009.
(4) MG Smits et al. «Melatonin for chronic sleep onset insomnia in children : A randomized placebo-controlled trial. » J Child Neurol. 2001.
(5) Julie E Gibbs et David W Ray. « The role of the circadian clock in rheumatoid arthritis. » Arthritis Research & Therapy. 2013.
(6) Patricia Rubio-Sastre, PhD et al. « Acute melatonin administration in humans impairs glucose tolerance in both the morning and evening. » Sleep. 2014.
(7) D Craig Hopp, PhD, et David Shurtleff, PhD. « Melatonin : What you need to know. » Health Information. NCCIH. 2019.

Bruce S.

L'auteur Bruce S.

Thérapeute. Sur le site, je réalise essentiellement un travail d’enquête.